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catamarans LAGOON : construction, vente et location de catamarans de croisière
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Waterworld

WATERWORLD CHRONOLOGIE

TIG, l'agence de production de Kevin Costner, a contacté LAGOON en Janvier 1993, pour obtenir des documents (photos, video, posters, etc.), représentant les trimarans de la génération PIERRE 1er, des 60 pieds conçus par les architectes navals Marc Van Peteghem et Vincent Lauriot-Prevost, auteurs entre autres de l'Hydroptère, du maxi trimaran Lyonnaise (Kersauzon) ainsi que de tous les catamarans LAGOON.

En Juin, LAGOON a été de nouveau contacté, cette fois par Gassner Associates (Denis Gassner, un Oscar pour Barton Fink), Production Designer d'un gros film à venir. Suite à une visite de celui-ci, fin Juillet, une demande de devis à été faite, pour la réalisation d'un trimaran de 60', sur des formes proches de celui de Florence Arthaud. Nous étions alors en concurence avec cinq chantiers (en Nouvelle Zealande et aux USA).

Début Août 1993, quelques dessins montrant le trimaran et ses transformations, ainsi que la demande de Gassner d'étudier deux bateaux au lieu d'un, permettent à LAGOON de proposer, mi Août, une solution qui semble satisfaisante. Le 20 Août, Denis Gassner et Peter Chesney (Special Effects Designer) reviennent chez LAGOON où nous leur présentons une maquette et proposons un planning qui leur convient (livraison mi-Avril sur le site de tournage, non encore choisi à l'époque: Malte, Nouvelle-Zealande, Australie -Grande Barriere de Corail-, Bahamas, Londres ou Hawaî font partie des sites selectionnés). Denis Gassner nous quitte en nous laissant entendre que la commande ne tardera pas.

Le 1er Septembre 1993, la commande nous parvient avec une modification: la date de livraison, qui passe au 15 Mars 1994, bateaux assemblés sur site. Les bateaux devront donc quitter la France le 15 Février au plus tard. S'organise alors une véritable course contre la montre dans laquelle MAG France (Robert Sicard et Nordalh Mabire, VMG) pour les bras de liaison, JP3 (Jean-Pol Zolli) pour toutes les pièces mécaniques, Frank De Rivoyre pour les calculs d'un gréement particulièrement original (il doit pouvoir se transformer et passer de 15 à 25 mètres de haut), MARECHAL pour la fabrication des mâts, Incidences-Cudennec pour les voiles elles aussi très particulières, Cedric Chavau qui réalisera le gréement courant en Spectra vieilli, et Breiz Elec pour l'électricité, participeront.

Pour LAGOON, Bruno Belmont organise une cellule de travail comprenant Vincent Laigo, Sébastien Magnen et Alexandre Le Martelot, qui passeront jours et nuits à mener à bien le projet, qui s'annonce déjà démesuré.

Les contacts avec Gassner se font tous les jours, de 18h00 à minuit, tandis que l'équipe commence à 5h00 tous les matins. Gassner ou Chesney nous rendent visite environ tous les mois, et avant Noël, les bateaux sont assemblés à blanc.

A cette époque, le choix de la Big Islandà Hawaii est fait, et nous contactons Cargolux, au Luxembourg, pour préparer le transport dans un Boeing 747-400 de toutes les pièces. L'aéroport de Kona, à Hawaï, doit ralonger sa piste de 2 miles pour permettre l'atterrissage du cargo, et Cargolux, en effectuant ce transport, battra le record de distance d'un transport de fret!

Bruno Belmont effectue un voyage d'observation en Janvier, afin de contrôler à la fois l'état du site et les conditions climatiques (le taux d'humidité, notamment, qui passe de 20 à 100% en quelques minutes, orientera le chois de la résine de stratification qui servira à assembler les bateaux). Ce voyage permet aussi de lister les besoins sur place. Au retour,un passage chez Universal Picture permets d'obtenir un script (4ième version), qui permet de se faire une idée plus juste de ce qui va se passer.

Le 9 Février 1994, les pièces roulent vers le Luxembourg, tandis que Bruno Belmont, accompagné d'une équipe de 15 techniciens LAGOON, s'envole pour Hawaii, afin d'y préparer l'arrivée du convoi. Pour beaucoup dans cette équipe, il s'agit d'un baptème de l'air!

Bruno Belmont s'est mis à la disposition des producteur de Waterworld pendant la durée du tournage, ceux-ci souhaitant avoir à disposition quelqu'un pouvant à la fois les conseiller maritimement, techniquement, et qui puisse assurer le fonctionnement et l'entretien des trimarans. Il aura donc le titre de Trimarans Coordinator, en charge en fait de tout ce qui concerne la voile.

Lorsque l'avion se pose à Kona, tous le staff du tournage est là pour l'accueillir. Le déchargement commence alors, dans des conditions épiques, le département Construction du film ayant "bricolé" des échaffaudages incroyables, surplombés par un cadre acier sur lequel sont placés des rouleaux à aiguille, afin de faire glisser hors de l'avion les pièces, posées elles-mêmes sur des palettes. Le responsable de Cargolux, jugeant l'ensemble insatisfaisant, "empruntera" finalement un cisor-lift auprès de la compagnie United Airlines, sur lequel il fera placer le carde acier. Les travaux se prolongent tard dans la nuit, et au petit matin, l'équipe LAGOON attaque l'assemblage, remettant aux Dimanches cocotier et plages de sable noir!

Le 14 Mars, le contrat est rempli, les deux trimarans sont assemblés, laqués blanc dans un immense Hangar à sucre, prêts à être à Hollywood saisi par les différents intervenants (Effets spéciaux, peintres, décorateurs, etc.), sous la conduite de Denis Gassner. L'équipe technique repartira quelques jous plus tard, Bruno Belmont restant seul avec sa famille, pour constituer un équipage de "locaux", dont Gary Hoover, skipper local, assurera la cohésion jusqu'à Septembre où, abattu de fatigue, il laissera la place à Barry Idoine, un néo-zelandais habituellement premier assistant caméra, qui venait au départ pour suivre son épouse Cathy Shweitzer, assistante de Kevin Reynolds.

Le 2 Avril, le premier trimaran est mis à l'eau et mâté, permettant dès le lendemain de procéder aux premiers essais sous voiles. Les manoeuvres d'approche entre le hangar et l'eau se font au moyen d'une remorque dessinée par Bruno Belmont et réalisée par un artisant local, monopolisent tout le staff. Pour la première fois, les gens de la production réalisent qu'il ne s'agit pas seulement d'un décors, mais bien d'un voilier. Peint, décoré, équipé des gadgets les plus fous, le trimaran navigue par 15 noeuds de vent dans la baie de Kawaihae. Aucun incident ne surgit, tandis que l'équipage tente de se familiariser avec la conduite d'un voilier entièrement depuis l'intérieur: un cockpit central abrite les winches de Grand-voile et Genois, où se postent trois hommes, reliés par radio au cockpit de navigation où Bruno Belmont dispose d'écrans vidéo, d'un GPS-Map, d'une centrale de navigation B&G, et de radios permettant de communiquer soit avec l'equipage, soit avec la côte, soit avec un bateau ou un hélicoptère.

Fin Avril commencent les premiers essais caméra, menés par Dean Semler, le Directeur Photo du film, c'est alors que nous prenons mesure de l'ampleur du film: barges, catamarans, zodiacs, tournoient autour du trimaran à bord duquel 20 personnes s'affairent, tandis que dans le port, la construction d'un atoll de 150 mêtres de diamètre poursuit son cours!

A l'issu de ces essais, Kevin Reynolds, le réalisateur, demande que les trimarans soient repeints plus foncés; les bateaux sont donc remis au sec et reconditionnés.

Le tournage commence fin Juin, par l'entrée du trimaran dans l'atoll; à son bord, Kevin Costner n'a eu que 15 jours pour s'entrainer avec Bruno Belmont, mais il s'adapte très vite au bateau et cette première journée, qui en annonce plus de 150, se passe sans accroc. Pour permettre au bateau de pénétrer dans l'atoll entre les portes (il n'y a pas un mêtre de chaque côté), Peter Chesney et Bruno Belmont imaginent un système de câbles reliés à terre, qui sera finalement renforcé par l'action d'un zodiac à qui nous faisons passer une amarre sous le navire, qui rentre par les hublots latéraux, et que le trimaran largue sous l'ordre de Bruno Belmont, lorsque le directeur crie "Action"! Cette manoeuvre sera effectuée environ 20 fois ce premier jour, et le système de câbles, complété de deux traversaux, sera utilisé pour toutes les scênes à l'intérieur de l'atoll.

Au cours de l'une d'elle, le trimaran était retenu, sous voiles, au fond de l'atoll, la caméra filmant son rush vers les portes. Par prudence, Bruno Belmont fait tripler les ammares de rettenue pour que le trimaran ne puisse pas s'écraser à l'autre bout de l'atoll. Reynolds qui s'attendait à une accélération plutôt lente, est soufflé de voir le bateau traverser l'atoll en quelques secondes! Il n'y aura pas trop de toutes les amarres pour le retenir.

Après un mois et demi de tounage dans l'atoll, où les trimarans sont utilisés tous les jours, nous commençons le tournage hors du port ou au large, tantôt avec toute l'équipe à bord, tantôt filmés depuis un hélicoptère ou une barge. Ces scènes se font par vents calmes (moins de 20 noeuds), entrecoupées de journées où il faut tout arrêter, soit pour laisser passer un ouragan (c'est arrivé trois fois), soit pour envoyer la flotte au large lors de l'annonce d'un ras de marée (cela ne s'est passé heureusement qu'une seule fois)! La caméra ne devant voir que l'horizon, c'est un joyeux casse-tête pour que les scênes successives aient toujours les voiles du même côté! Le tournage devant aussi s'arrêter chaque fois qu'un bateau passe à l'horizon, ou qu'un avion traverse le ciel, c'est régulièrement que les derniers plans se font au coucher du soleil!

La seconde unité de tounage, qui a en charge la réalisation des scênes sans les acteurs principaux, commence à utiliser les trimarans pour des tournages en haute mer, où les bateaux donnent leur pleine dimension: les 30 noeuds sont franchis en Septembre pour la première fois, et Reynolds n'en croit pas ses yeux!

D'Octobre à Décembre, les scênes dans la brise de succèdent aux tournages à bord. Pour une scêne avec Costner à bord, et que Reynolds souhaite "limite", nous poussons le trimaran, dans 45 à 50 noeuds de vents et mer plate devenant rapidement formée, à 33 noeuds. La priorité est toujours de ne pas mettre en danger la vie de quiconque lors de chaque scêne, aussi, lorsque le bateau est poussé à son maximum, ou lors de manoeuvres délicates (passage au dessus de la caméra qui se trouve dans l'eau), Bruno Belmont doit-il rester auprès des acteurs sur le pont, caché sous des filets, pour les informer des zones sur le bateau qu'ils doivent éviter. Les problèmes de sécurité sont croissants lorsque les trois acteurs principaux sont à bord: chacun vient avec coiffeuse, maquilleuse, habilleuse, etc., si bien que, parfois, l'équipage doit faire face à près de 40 personnes à bord, toutes plus étrangères à la mer les unes que les autres. Lorsque le vent monte, il faut évacuer tout ce monde afin qu'il ne risque pas de tomber à l'eau! Parfois le trimaran est mouillé à la sortie du port (lorsque les scênes ne nécessitent pas que l'on voit que le bateau avance). Deux barges de 15 mêtres accostent alors, et le trimaran est totalement envahi! Le rôle de chaque membre de l'équipage (Mike De Wilde, Steve Crory, Elika, Robert, Munch, puis sur la fin, Tom et J.B.) est de veiller à la sécurité des personnes à bord, notamment au cours des transferts.

Le second trimaran, qui ne peut naviguer mais se transforme en déployant, en moins de 8 secondes, à la fois 10 mêtres de mât, la grand'voile, et la bôme (qui sort du pont et se téléscope), tout en déroulant le génois, est lui-aussi très utilisé. Il réclame beaucoup d'attention car en version "repliée", le mât n'a pas de bas-hauban, ce qui peut le comparer à une spaguetti debout avec un poids de 10 kg dessus! Les sorties en mer avec plus de 50 cm de creux sont quasiment impossible sans replacer des bas-haubans de sécurité. Gary Hoover puis Barry Idoine auront successivement la charge d'un des bateaux lorsque les deux trimarans sont utilisés.

Lorsque le 10 Décembre 1994, l'unité de tournage principale clos son travail sur Hawaï pour aller filmer la fin du film en studio, aucun des trimarans n'aura subit la moindre avarie, et il n'y aura eu à bord aucun blessé. Pour LAGOON, c'est la principale source de satisfaction, avec celle, bien sûr, d'avoir participé à cette gigantesque production.

Au cours de cette aventure, Kevin Costner et Bruno Belmont sont devenus amis, et c'est ainsi que Costner est venu rejoindre Bruno Belmont à San Diego, pendant les selections de l'America's Cup; il naviguera d'ailleurs une journée à bord du bateau français.


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